Le 1er octobre 2007, le prix Nansen, distinction remise chaque année par l’UNHCR à une personne engagée pour les réfugiés, a été attribué à Katrine Camilleri. Avocate maltaise de 37 ans, la jeune femme travaille au sein du Service jésuite pour les réfugiés (JRS) depuis plusieurs années. Quelle est la politique d’immigration de Malte ? Tout d'abord depuis 2002, nous avons vu le nombre d’immigrés augmenter considérablement. De 57 en 2001, nous sommes passés à 1 686 migrants en 2002. Ce chiffre ne baisse plus depuis. Tous ceux qui arrivent à Malte de manière illégale, les “boat people”, sont détenus dans des centres de rétention administrative, comme le veut la loi sur l’immigration nationale. Les demandeurs d’asile peuvent rester jusqu’à 12 mois en détention et ceux dont la demande a été rejetée ou qui n’ont pas fait les démarches nécessaires peuvent être détenus jusqu’à 18 mois.
Quelle est la situation des migrants dans les centres de rétention ? Les conditions de détention sont très rudimentaires. Les détenus n’ont pas d’occupation, ils ne font rien de la journée et sont souvent isolés. Les immigrés détenus n’ont pas accès à l’information sur leurs droits et aux services de base. Quant aux grands centres de rétention, ils sont surpeuplés et offrent des aménagements minimums. Dans l’un de ces centres, les réfugiés vivent même sous des tentes. A vrai dire, ces conditions ont été sévèrement critiquées par les organisations nationales et internationales.
Quelle est votre action en faveur des réfugiés ? Je travaille avec les réfugiés et les demandeurs d’asile au sein du Service jésuites pour les réfugiés (JRS) de Malte. Notre action est de leur fournir le maximum d’informations sur leurs droits, de leur offrir une assistance juridique et les services sociaux de base. Nous faisons également pression sur le gouvernement pour modifier la politique d’immigration sur la détention obligatoire des demandeurs d’asile et autres immigrés et pour qu'il améliore leur protection. JRS cherche également à éveiller la conscience des Maltais sur la nécessité d’aider ces personnes. Il y a ceux qui sont accueillants et les racistes qui désapprouvent notre travail. Mais je crois que la majorité des Maltais sont effrayés par l’afflux d’immigrés car ils connaissent les limites de notre île.
Avec le prix Nansen, vous avez reçu une somme de 100 000 dollars (65 000 euros). Que comptez-vous faire avec cet argent ? Avec le financement de l’UNHCR, JRS souhaite maintenir et consolider ces activités. Nous voulons agir auprès du public le plus vulnérable, surtout les femmes et les enfants, en faisant de la prévention et en intervenant auprès de ceux qui ont subi des violences sexuelles et sexistes. Ces 65 000 euros nous permettrons également de fournir une information dans différentes langues avec un support audio-visuel pour les personnes illettrées, de créer un fond juridique et une équipe d’avocats et enfin de poursuivre les formations données aux réfugiés.
Propos recueillis par Clémence Richard
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