Carsterns Mulume est Secrétaire National Caritas Malawi
Pouvez-vous nous dire à quel point votre pays est touché par le sida ? La maladie est elle en progression ?
Je pense que la situation au Malawi concernant le VIH et le sida peut être décrite comme extrêmement pathétique. Sur 12 millionsd’habitants, au moins un million de personnes vivent avec le virus, soit 14 % environ de la population totale. En 2005, déjà 87 000 personnes étaient mortes du sida. Les personnes les plus touchées sont celles entre 15 et 49 ans, soit les forces productives de notre pays, ce qui est terrible pour le Malawi. L’épidémie a aussi causé la perte de leurs parents pour beaucoup d’enfants, nous avons un million d’orphelins. Concernant la progression ou non de la maladie, j’ai deux sentiments. Le premier, c’est que, dans les zones urbaines, les messages diffusés prennent auprès de la population et les comportements sexuels sont en train d’évoluer petit à petit. Par contre, dans les zones rurales, il est plus difficile d’atteindre tout le monde et nous n’avons pas de preuve statistique montrant que l’épidémie décroît. Sur l’ensemble du pays, on peut plutôt dire que le nombre de personnes infectées continue d’augmenter.
Caritas Malawi est-elle fortement engagée dans la lutte contre le sida, et de quelle façon ?
Notre approche au sein de la Caritas est globale, multidimensionnelle. Tout d’abord, nous menons des actions de sensibilisation, nous diffusons des messages de prévention notamment via deux stations de radio : Radio Maria et Radio Alinate. Nous informons ainsi la population de la façon dont on contracte la maladie et nous l’encourageons aussi à aller se faire dépister. Des spots vidéo mettent aussi les gens en garde et livrent des témoignages de personnes affectées. Envers les malades, la Caritas joue le rôle de mise en relation avec les centres de santé qui peuvent fournir des antirétroviraux mais aussi celui d’accompagnement. Des volontaires sont formés par la Caritas pour assister les victimes directement à leur domicile. Concernant les orphelins, la Caritas par exemple paie des bourses scolaires pour qu’ils puissent continuer leurs études et assure également des formations professionnelles diverses.
Quel sont les conseils diffusés en priorité par la Caritas Malawi pour que les gens ne contractent pas le VIH ?
Notre message principal concerne la fidélité, car en étant fidèle à ton conjoint tu ne risques rien. Pour ce qui est de la jeunesse, nous conseillons vivement l’abstinence jusqu’au mariage, même si les conjoints doivent, par sécurité, se faire dépister avant la conclusion de cette alliance.
Concernant la fourniture et le prix des traitements antirétroviraux, rencontrez vous des problèmes ?
Nous avons deux problèmes principaux : nous n’avons pas assez de traitements disponibles et le coût reste prohibitif pour les gens du Malawi, même s’il est moins élevé qu’auparavant. Les antirétroviraux possibles sont concentrés dans les hôpitaux des grandes villes, ce qui fait que la population rurale n’y a pas accès à moins de faire le déplacement. Notre gouvernement s’est heureusement fortement engagé dans la lutte contre le sida à divers niveaux, et propose par exemple des traitements gratuits pour les gens qui se sont fait dépister. Mais encore une fois ceci a lieu dans les zones urbaines, et beaucoup de gens ne veulent pas se faire dépister.
Quel message souhaitez-vous adresser à la communauté internationale ?
Le Malawi a besoin de plus de fonds pour lutter efficacement contre le sida. Et il faut que ces fonds arrivent jusqu’aux ONG locales et à l’Eglise et Caritas en particulier, car nous sommes très engagés sur le sujet, que ce soit au niveau prévention, traitement, accompagnement, et aussi car nous couvrons l’ensemble du territoire, y compris les zones rurales. Par Anne Bonnefont, Chargée de communication, Secours Catholique-Caritas France. |