Accéder au site des jeunes solidaires Accéder au portail "Vous aider" Accéder à la l'espace Multimédia
 
 
TCHÉTCHÉNIE - Blessures profondes
mise en ligne : 22-05-2008

Malgré un processus de “normalisation”, la petite république du Nord-Caucase est toujours sous le coup d’exactions et de violences régulières. Bilan de la situation dans un pays ravagé par quinze années de guerre.

Un immeuble embrasé, des coups de feu échangés entre des groupes armés… Le 20 mars dernier, une fusillade opposait un groupe de rebelles indépendantistes, les “Boévikis”, à la police tchétchène à la suite de l’incendie d’un bâtiment de l’administration locale dans un petit village de Tchétchénie. Bilan : cinq morts dans les rangs des policiers, cinq ou huit du côté des rebelles. Aujourd’hui, ce type d’affrontements continue d’ensanglanter la campagne tchétchène. Les combattants indépendantistes sont traqués par les forces armées locales dans une chasse aux terroristes menée par le jeune président, Ramzan Kadyrov, l’homme de Moscou. « Il ne reste à présent que quelques dizaines d’individus qui courent dans les montagnes, l’arme à la main », clamait-il le 29 janvier dernier, tandis qu’Arkadi Edelev, vice-ministre de l’Intérieur de Russie, déclarait que plus de 400 “bandits” opéraient encore en Tchétchénie. Moins pour l’indépendance que par vengeance personnelle à la suite des exactions commises contre leurs familles, de nombreux jeunes gagnent pourtant le maquis chaque jour. « Les actions anti-terroristes, très précises et ciblées, alimentent ainsi le cycle de la vengeance et ce conflit intérieur », explique Martin Rosselot, doctorant à l’école des hautes études en sciences sociales et membre du comité Tchétchénie. « Si un troisième conflit doit exploser, il sera inter-tchétchènes. »

Reconstruction. Dans ce contexte militaire sans issue, la Tchétchénie tente malgré tout de panser ses blessures. Groznyï, la capitale martyre bombardée à plusieurs reprises par les Russes au cours de la seconde guerre, est aujourd’hui une ville rutilante où les ruines ont laissé place à des immeubles flambant neufs. Grâce au “fonds Kadyrov”, alimenté par des prélèvements sur le salaire des Tchétchènes, les villes se reconstruisent, les immeubles sont réhabilités, des particuliers se voient attribuer des maisons neuves et certains malades sont aidés dans le paiement de leurs soins. « Toutefois, l’arbitraire règne : Kadyrov confisque et redistribue les richesses comme il le souhaite », explique Joan Audierne, chargée de projets du Secours Catholique en Russie. Dans les régions oubliées et reculées de Tchétchénie, les associations locales, en partenariat avec le Secours Catholique, fournissent de l’aide aux oubliés du président tchétchène : accompagnement scolaire, actions d’éducation et de promotion de la paix, formation de jeunes leaders aux droits de l’homme et à la démocratie, soutien aux personnes traumatisées par la guerre mais aussi aux victimes de tortures, ces dernières étant toujours pratiquées par les milices de Kadyrov.
Terreur. Malgré la diminution du nombre d’enlèvements enregistrés par l’association des droits de l’homme Mémorial, de 544 en 2002 à 25 à la fin du mois de juillet 2007, l’association accuse « la politique de paix déclarée par le président tchétchène d’être basée sur la terreur ». En 2007, Mémorial a recensé 43 personnes assassinées dont 11 étaient des civils. Le 22 février dernier à Groznyï, Ramzan Kadyrov a accepté d’entendre les revendications de l’association même s’il n’a pas reconnu ses torts. Mémorial s’est toutefois montrée satisfaite d’avoir été écoutée. Réelle avancée ou faux-semblants ?

Clémence Richard




Newsletter
      
 
Mentions légales