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Réfugiés irakiens : l’Occident sollicité
mise en ligne : 08-10-2007

En 2007, avec respectivement 1,5 million et 700 000 Irakiens sur leur territoire, la Syrie et la Jordanie, les deux pays limitrophes, durcissent les conditions d’entrée à leurs frontières. Les pays d’accueil sont en passe d’être déstabilisés face à l’ampleur du phénomène.

Saluées fin août par le Haut commissaire des Nations unies pour leurs efforts d’accueil à l’égard des Irakiens, la Syrie et la Jordanie ne parviennent plus à assumer la présence durable de 2 millions d’Irakiens sur leur sol. Les hommages ne remplissent pas les caisses et les deux États sont confrontés à un exode massif. Une situation complexe, d’autant plus qu’aux réfugiés irakiens de 2003, aisés financièrement, succèdent des milliers de réfugiés dépossédés de tous leurs biens, et pour beaucoup handicapés par les tortures subies.
Malgré le durcissement des contrôles aux frontières, « des dizaines de réfugiés irakiens arrivent chaque jour à Jamarana », confie sœur Antoinette, responsable de la Caritas locale. Jamarana, à une demi-heure à peine de Damas, est emblématique de la métamorphose syrienne. En quatre ans, cette banlieue au charme désuet et tranquille, à l’origine peuplée de chrétiens originaires du quartier de Bab Touma, a sombré lentement dans la misère.
Sœur Antoinette, Syrienne, et ses assistantes, accueillent les réfugiés, enregistrent les noms, le nombre d’enfants, pour faciliter la distribution des bons d’alimentation. Écoute, accompagnement de milliers de familles prostrées, traumatisées. Les marques irréversibles qu’elles portent sur leur corps sont les témoins de l’horreur vécue. À 42 ans, Bachir a été enlevé, torturé durant trois semaines sans jamais avoir vu ses ravisseurs ni compris leurs motivations. Vingt jours après son enlèvement, il est laissé pour mort dans un sac, devant chez lui. Avec sa femme et ses cinq enfants, il abandonne son travail, sa maison. Après une étape en Jordanie, où il est sauvé par des médecins anglais, Bachir et sa famille rejoignent Damas.
D’autres réfugiés, sans la moindre ressource, n’ont pas de quoi payer un logement de fortune. « De plus en plus, des femmes irakiennes ont recours à la prostitution pour pouvoir nourrir leurs enfants », commente sœur Antoinette. Une prostitution informelle, qui dérange de plus en plus la population syrienne, pourtant peu encline à jeter l’opprobre sur ses frères irakiens. Mais, elle s’ajoute à la saturation des écoles publiques, à la flambée  des prix et à un taux de chômage de 22 %, et les Syriens souffrent de plus en plus.
Les appels lancés par le HCR et l’Unicef devraient permettre de financer les besoins liés à la scolarisation des enfants réfugiés, d’assurer la formation d’enseignants et l’aménagement sanitaire dans les écoles. Mais cet argent ne sera qu’un palliatif de courte durée. Seule une solution politique permettra aux Irakiens un retour sur leur terre et évitera à des centaines de milliers d’autres d’endurer le pire. L’Occident, sollicité, répondra-t-il à cette urgence quand une partie de sa population refusait cette guerre ?

Véronique Linarès
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crédit : Philippe Brault / SC
Shaden, 4 ans, a été détenue 3 jours par un groupe armé puis libérée. Shaden a perdu la parole pendant 1 mois. Aujourd'hui, elle reste très agitée.


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