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Comps : Jeanne courage
mise en ligne : 08-12-2003

A Comps (Gard), Jeanne s'est trouvée toute seule chez elle avec sa fille de 3 ans pour affronter la crue terrifiante du Gardon. Jeanne a fait la course avec la rivière qui montait rapidement à l'assaut de la forte digue protégeant la petite ville. Mètre par mètre, le Gardon attaquait le rempart. Marche par marche, Jeanne hissait à l'étage ce qu'elle pouvait de ses meubles. "Mais comment vouliez-vous que je monte mon buffet toute seule, dans un escalier aussi étroit", s'indigne-t-elle. Son mari, mécanicien, n'a pas pu l'aider. Son patron ne l'a pas autorisé à s'absenter.

Jusqu'au dernier moment, les habitants de Comps ont espéré que leur digue puissante les protègerait. Mais le Gardon est passé par-dessus jeudi. La ville avait été entièrement évacuée le veille. Depuis, une cinquantaine de familles sont réfugiées dans la salle polyvalente de la commune voisine, Jonquières-Saint-Vincent.

Comps a été noyée sous plus de 3 mètres d'eau. Dans la plupart des habitations, le premier étage a été atteint. Des plafonds ont dû être volontairement crevés pour évacuer la masse liquide. D'autres gonflent sous la pression de l'eau qu'ils retiennent. Ils cèderont.

Jeanne désigne sa chaudière, haut perché dans sa cuisine- pièce à vivre et pourtant noyée : « Regardez, il y a encore les marques du Gardon dessus. Elle était neuve, on l'avait remplacée après l'inondation de l'année dernière et il faut qu'on recommence. A chaque fois, il faut qu'on débourse en attendant le versement de l'assurance. Vous faîtes une fourmilière, vous donnez un coup de pied dedans et vous recommencez tout", renchérit-t-elle.

Mais ce qui fait le plus mal à Jeannne, ce sont les jouets achetés pour Noël. Elle les avait entreposés dans une cave... se retient de pleurer : "On approche de Noël et on reperd tout, peuchère, on en a marre".

A l'extérieur, les rues boueuses ressemblent à une décharge. Tout le contenu des habitations est dehors. Les pompiers venus du Var sont à pied d'œuvre, ils évacuent l'eau. Des CRS interdisent l'entrée de la ville aux voitures, la gendarmerie mobile patrouille pour éviter les vols. La nuit, les habitants s'organisent pour effectuer des rondes.

La vice-présidente du Secours Catholique de Nîmes, Christiane Crouzet et le délégué de Toulon, Jean-Jacques Combier sont allés, vendredi, à la rencontre des habitants réfugiés à Jonquières, pour repérer les besoins des familles les plus en difficulté et coordonner leur action avec celles pilotées par les élus. "Quatorze mois après l'inondation de 2002, nous sommes anéantis. La digue a été réparée, renforcée, mais la nouvelle digue est toujours en projet", déplore Marie-Marguerite Ferrier, conseillère municipale à Comps.

C'est dans cette petite ville, probablement la plus gravement touchée par l'inondation, que le service Urgence du Secours Catholique devrait rapidement installer l'un de ses PC mobiles. Pour aider la population sinistrée à reprendre le dessus, matériellement et moralement. Car, tels les fourmis de Jeanne, les habitants reconstruiront, inlassablement. Comment imaginer qu'une ville dont la création remonte à de nombreuses générations, soit rayée de la carte par les accès de colère de sa rivière ?

Le dispositif régional d'urgence

Le dispositif d'urgence du Secours Catholique dans le Sud-Est est piloté par le PC de crise installé en Avignon. Il coordonne l'action des cinq délégations principalement concernées par les inondations : Nîmes, Montpellier, Avignon, Marseille, Aix-en-Provence.

Dans chaque délégation, des équipes restreintes ont effectué un repérage des communes sinistrées et de leurs besoins à court et long terme. Des équipes de bénévoles leurs succèdent auprès des familles sinistrées pour aider à nettoyer et recenser les besoins : soutien psychologique, chauffage, mobilier, matériel électro-ménager…Une trentaine d'appareils de chauffage sont déjà à disposition du PC régional, pour parer au plus urgent.

A Marseille, l'eau des collines a dévalé sur trois quartiers populaires. Des lieux d'accueil spécifiques vont y être ouverts. Des centaines de personnes sont sinistrées. Beaucoup ne pourront pas réintégrer leurs maisons avant plusieurs mois.

En Arles, toute une partie de la ville est encore sous l'eau. Plusieurs milliers de familles souffrent de l'inondation, à des degrés divers. Beaucoup sont privées de gaz et d'électricité. Les premiers besoins repérés par le PC local du Secours Catholique portent sur le chauffage et les déshumidificateurs. Beaucoup de petites entreprises sont noyées. Le responsable du Fonds Solidarité Initiatives du Secours Catholique va se rendre sur place. Noël se présente mal, avec un important décalage probable entre les sinistrés et ceux qui ne le sont pas.

Autour de Nîmes et dans le Gard, un des départements les plus touchés, le Secours Catholique recense 3 300 familles sinistrées. les besoins matériels sont importants et le moral est au plus bas, après des années d'inondations successives. Le repérage des souffrances psychologiques et l'orientation vers les structures de soins sont une priorité.
Un PC mobile est installé à Comps, commune dévastée. Une dizaine de bénévoles vont aller à la rencontre des sinistrés de cette ville.

En Avignon et dans le Vaucluse, un millier de sinistrés sont recensés. Les efforts se concentrent, notamment, sur la presqu'île de la Barthelasse, noyée sous 2 m d'eau. Colère et dépression se manifestent. Le chauffage apparaît comme le besoin matériel le plus urgent.

Autour de Montpellier et dans l'Hérault, 250 familles sinistrées sont pour le moment recensées. 4 PC décentralisés sont prévus, notamment à Mauguio et Juvignac. A Agde, plusieurs dizaines de familles modestes, qui habitaient des caravanes et des péniches, vont devoir être aidées. Les bénévoles reçoivent de la cellule psychologique du Secours Catholique, des conseils de comportement.

Par respect de la dignité des personnes, l'appel au don lancé par le Secours Catholique ne porte pas sur des dons en nature mais uniquement sur des secours financiers.
crédit : L. Charrier / SC
Chez Jeanne, l'eau est montée au niveau du volet en haut et au centre de l'image.


 
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