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« Papa est puni »
mise en ligne : 19-12-2007

À la maison d’arrêt de Strasbourg, l’espace parents-enfants de Caritas/Secours Catholique d’Alsace est un véritable havre de paix avant l’angoisse du parloir. Café, sourires et partage sont de mise.

« Papa, il n’est pas là » constate Anaïs (1), en guettant l’allée par la fenêtre de sa maison. Âgée de deux ans et demi, la petite fille est séparée de son père, incarcéré à la maison d’arrêt de Strasbourg depuis le mois de juin dernier. Sa sortie n’est pas prévue avant juin 2008. Mariam, sa mère, lui explique que c’est parce qu’il a été puni à l’école qu’il ne peut plus vivre avec elles. « Quand elle me dira qu’elle ne veut pas aller à l’école, je lui dirai que son père n’a pas été sanctionné par l’instituteur mais qu’il était en prison », argumente-t-elle. Pour une mère, la vérité est dure à dire à un enfant si petit.
Paix. Les jours de parloir, les familles doivent arriver une demi heure avant le rendez-vous. Mariam et Anaïs, elles, arrivent avec une heure d’avance. Elles traversent l’accueil des familles d’un pas pressé et montent directement à la mezzanine. Là, elles retrouvent Mireille, animatrice de l’espace parents-enfants, qui les accueille avec un sourire éclatant. Créée le 22 septembre dernier par Caritas/Secours Catholique d’Alsace, cette salle est ouverte le mercredi et le samedi et vient compléter l’habituel accueil des familles. Un château fort en plastique, des tables basses, des jouets, des crayons et des feutres font de ce lieu un véritable havre de paix pour les enfants et les parents qui redécouvrent le plaisir d’être avec leurs petits. L’équipe prison regorge d’idées d’animation. Mireille tente de mettre en place des activités avec une professionnelle : un atelier de création de portrait en polystyrène et de travaux avec des tissus. Une conteuse devrait également venir enchanter les petits avec ses histoires captivantes. « Le temps qu’ils passent avec nous doit être un temps de paix. C’est l’occasion pour les parents de se détendre avec leurs enfants dans un moment difficile comme celui-ci », explique Mireille en collant des affiches pour égayer la pièce. Elle projette d’y installer des canapés, un coin bibliothèque et de tapisser les murs de dessins et d’affiches. Seul rappel à la prison, les casiers qui occupent un angle de la salle. Pour accéder au parloir, chaque membre de la famille doit y déposer ses affaires personnelles. Téléphone portable, sac à main, portefeuille, parapluie… rien ne doit pénétrer dans la maison d’arrêt, excepté la pièce d’identité et la carte de visite.
Honte. Une femme arrive avec son fils. Prostrée de honte, elle rase les murs de l’accueil des familles. Mireille l’a déjà vue plusieurs fois mais n’a jamais réussi à la faire venir dans l’espace parents-enfants. Après plusieurs tentatives et une ténacité à toute épreuve, l’animatrice la guide jusqu’à la mezzanine. L’enfant se rue sur les jeux, tandis que face à l’entrain et la mine confiante de Mireille, la mère finit par se confier. Elle parle et Mireille l’écoute en hochant la tête. « La honte se lit souvent sur les visages des proches. Notre rôle est de les écouter et de les rassurer. Quand on parle de la personne qu’ils visitent, on ne parle jamais d’un prisonnier mais toujours d’un papa ou d’une maman », insiste l’animatrice.
Vérité. Un cœur, un papa, une maman et un enfant qui se tiennent par la main, des “papa, je t’aime“, des “maman, tu me manques“ décorent les dessins des enfants qui vont orner les cellules des personnes incarcérées. Parfois, le dessin représentera deux voleurs. L’enfant n’expliquera jamais pourquoi. Souvent, les enfants ne comprennent jamais pourquoi on les prive de leur parent. L’équipe Prison met un point d’honneur à ce qu’ils soient informés de la vérité par leurs parents. « Un enfant doit savoir pour pouvoir comprendre pourquoi il est séparé de son parent », confirme l’animatrice de l’espace parents-enfants. Sur une table, des livres sont disponibles pour tous comme accompagnement. Le conseil primordial : parler à l’enfant. « Mon mari est en détention depuis deux mois. J’ai tout expliqué à mon fils de quatre ans. Il me posait beaucoup de questions et ne comprenait pas pourquoi, au parloir, son père sort d’une porte et lui d’une autre. Je lui est dis que son père avait fait une bêtise et qu’il devait l’assumer », raconte Josiane dont le mari doit sortir deux semaines plus tard.
Il est 15h45, l’appel vient de sonner pour le parloir de 16h. Fébrile, Mariam appelle Anaïs. « Viens ma chérie, on va voir papa. »

(1) Les prénoms ont été changés.

Clémence Richard 

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crédit : Philippe Brault / SC
L'équipe prison veille à ce que les enfants soient informés de la vérité par leur parents.


 
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